Partager l'article ! Suites et correspondances musicales : la confiture de rhubarbe aux fraises des bois de Mme Couperin: ...
Une promenade culinaire m'a récemment conduite chez Gato Azul. J'y ai trouvé quelque chose de très beau et de très surprenant. Pas une recette inouïe ou une idée de génie (je ne veux pas dire que ce blog n'en compte pas !). Pas d'ingrédient insolite en passe de devenir du dernier chic bloguistique comme le seva (notez au passage que yuzu, pandan, fève tonka et matcha sont complètement has been).
Non, j'ai été surprise par une musique peu habituelle sur la Toile. La mélodie pudique et contemplative
d'une sarabande. Je
suis restée plusieurs minutes, accablée par l'émotion, savourant chaque note, écoutant la pièce en boucle. Un plaisir mêlé à une sensation d'étrangeté. Une sarabande pour luth sur un blog
de cuisine ! L'auteur de la pièce ? Sylvius Leopold Weiss, un contemporain de Bach, le plus grand luthiste du 18e siècle. Un Polonais (si l'on peut considérer comme tel un homme né en
Silésie en 1687).
Le luth est l'instrument dont j'ai rêvé pendant des années avant de commencer à en
jouer. La forme en poire, le dos côtelé, le manche cassé, la sonorité douce et raffinée, cela m'a toujours fascinée.
Dans la famille, tout le monde lit la musique. Je suis tombée dans la marmite très tôt, presque avant de savoir lire tout court. Côté maternel, la musique, c'était surtout (je devrais dire seulement) la guitare. Ascendence ibérique oblige... J'ai donc commencé la guitare sous l'égide de mon grand-père, pédagogue austère ne jurant que par la méthode Pujol - des milliers d'exercices aussi efficaces que peu avenants. Ensuite, je suis entrée au conservatoire.
Les années passant, j'ai commencé à me sentir à l'étroit avec la guitare. J'aimais la musique ancienne. Je regrettais de ne
pouvoir jouer dans l'orchestre, avec mes copines. Rien de tout cela n'était fait pour la guitare. Quelle frustration.
Mon frère a été plus habile : lui, c'était le piano ou rien. Mes parents ont froncé le sourcil mais ont cédé. Le plus drôle, c'est qu'après avoir été un excellent pianiste, il s'est épris de guitare. Dans son répertoire plutôt électrique que classique, n'empêche, il est sacrément fortiche.
Vers 15 ans, j'ai suggéré à mes parents de me laisser apprendre un 2e instrument. Je lorgnais sur le violoncelle (le luth était encore du domaine de l'imaginaire pur). On a jugé que c'était déraisonnable. Je faisais bien assez de choses. Après, il y a eu la prépa, le(s) concour(s), les études, puis le boulot. J'ai continué à gratter (je déteste ce mot) de temps en temps, mais j'étais insatisfaite tant de l'instrument que de mes performances déclinantes. Je songeais de plus en plus à passer au luth…
Un jour, ce rêve est devenu réalité. Mon luth est venu de la forêt de Brocéliande, mon professeur d'Argentine. J'ai partagé des moments uniques avec d'autres amateurs de musique ancienne.