Du chant plein les casseroles...

 

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Vincent Prat. Perspective sur le futur.
(http://www.vincentprat.info/wordpress/2006/06/12/potw-06-06-12/)


Après deux ans de thèse et post-thèse financés par un généreux mécène, votre cher et tendre époux, il a bien fallu retourner à la vie "active", retourner au bureau, retrouver la vie d'avant (c'est à dire avant Dakar).

Parce que la musicologie médiévale est une discipline à peu près aussi inutile pour gagner sa vie que l'étude de l'
inuktitut. Ce ne sont pas quelques heures d'enseignement par-ci, par-là, qui vont couvrir le montant du loyer parisien. En revanche, leur préparation va occuper soirées, week-ends et (rares) jours de congés.

Parce qu'on ne peut pas compter sur une improbable maternité pour retarder de quelques mois ce retour tant redouté.

Parce que même le décès de votre dernier grand-parent n'a pu repousser le jour de la rentrée, ce triste 1er octobre 2007. Vous n'avez même pas osé aborder la question avec votre tout nouveau chef de service.

Si la misérable et solitaire vie de chercheur vous plonge régulièrement dans des abîmes de désespoir, que ne donneriez vous pour vous y consacrer entièrement, au lieu de passer 8 heures par jour dans des réunions de coordination, groupes de travail, commissions d'arbitrage et autres ateliers de concertation, 8 heures par jour à arpenter des tours et des couloirs démesurément grands, affreusement tristes, froids, venteux, nus, à vous demander pourquoi vous êtes obligée de jouer les bureaucrates, alors que vous n'avez aucune des qualités requises, tandis que d'autres pourraient faire ce travail à votre place (bien mieux, évidemment). Et si vous plaquiez tout cela, une bonne fois pour toutes ?     Dans cette vie qui vous mène tout droit à la schizophrénie, tenir un blog peut être salvateur, ou carrément masochiste. Ici, c'est plutôt la 2e option. Chaque jour qui passe, ce "chant des casseroles" créé un peu par hasard, "juste pour voir", vous paraît de plus en plus inutile, médiocre. Une preuve supplémentaire de votre incapacité à créer quelque chose d'intéressant. Ne serait-il pas préférable de préparer vos cours, et de vous occuper un peu de vous ? Vous songez à régler définitivement le sort de ce blog : un simple clic de souris, et on n'en parlerait plus.

Blog ou pas, de toute façon, rien ne vous empêchera de continuer à cuisiner. Combien de recettes avez-vous laissées de côté, ces derniers temps, faute de temps et d'inspiration pour écrire le billet qui allait avec ? Ce risotto noir, servi à des amis lors d'un dîner, en fait partie. Il a eu un succès certain, et pas que pour sa couleur inhabituelle. Si ce blog doit bientôt disparaître, autant que ce risotto y ait une place, même éphémère.
 


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Risotto noir (et rose) 


     


Pour 4 personnes
(comme primo piatto, comme en Italie, suivi d'un plat de viande ou de poisson ; en plat principal à la française, convient plutôt à 2-3 personnes)

- 250 g de riz rond italien type Arborio (ou du riz rond japonais à sushis, ça marche très bien aussi)
- 24 crevettes moyennes, impérativement crues (rayon surgelés)
- 1,5 litre de bouillon de crustacés
- 4 g soit 1 cuillère à soupe environ d'encre de seiche (se vend en petits sachets chez le poissonnier)
- huile d'olive
- 10 cl de "panna" italienne (à défaut, prendre de la crème liquide)
- persil et coriandre ciselés
- 4 petites échalotes
- 2 gousses d'ail dégermées
- 1 citron jaune

 

 

1. Faire chauffer le bouillon de crustacés (il devra rester sur feu doux tout au long de la cuisson). Décortiquer les crevettes que vous aurez légèrement décongelées au préalable (on peut aussi les décortiquer d'avance et les réserver au réfrigérateur).

2. Emincer les échalotes et les gousses d'ail. Les faire revenir dans une large poêle, avec 3 cuillères à soupe d'huile d'olive, sans laisser colorer. Ajouter le riz.

3. Lorsque les grains de riz deviennent translucides, verser l'encre de seiche et une louche de bouillon. Laisser mijoter à feu moyen jusqu'à ce que le liquide soit absorbé. Ajouter alors une autre louche de bouillon. Poursuivre ainsi jusqu'à ce que le riz soit presque cuit, mais encore un peu croquant sous la dent.


4. Ajouter alors les crevettes et un peu de bouillon si nécessaire, ainsi que le jus d'1/2 citron. Saler et poivrer légèrement (selon que le bouillon est au départ salé ou non, on adaptera la dose). Lorsque les crevettes sont cuites et le bouillon absorbé, ajouter la crème liquide. Le risotto doit être légèrement crémeux, les grains de riz fermes et brillants.

5. Goûter et rectifier l'assaisonnement si nécessaire. Dresser le risotto dans des assiettes creuses, parsemer de persil et de coriandre ciselés, décorer de rondelles de citron.

 
Si je devais refaire ce risotto
, là maintenant, je mettrais encore plus d'encre de seiche, et je remplacerais le rose des crevettes par le blanc-gris de quelques calamars. Question d'humeur. Peut-être même ajouterais-je du sésame noir au persil et à la coriandre ciselés. Ce plat s'appellerait "risotto noir pour un succès d'enfer", et il signerait la fermeture du blog.

 

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Mar 2 oct 2007 16 commentaires
Je remarque que de nombreuses blogueuses font ou ont fait une thèse; et pour beaucoup, cela se révèle difficile, très difficile, et si chronophage qu'on voudrait, parfois, pouvoir tout planter là et se retrouver avec un peu de temps à soi... le blog ne doit certainement pas devenir un poids supplémentaire, mais tu peux aussi publier à intervalles plus espacés... c'est la solution que j'ai adoptée pour le moment, environ 1 billet par semaine, et cela fonctionne plutôt bien! Courage...
Claire - le 02/10/2007 à 23h51
Ah non ! Je ne suis pas d'accord ! Tu ne peux pas fermer ton blog ! Je ferai circuler une pétition si besoin est.
Tes difficultés actuelles me parlent, mais ça, tu le sais... Même pour réconforter les gens, je suis nulle, pourtant j'aimerais tellement trouver des mots qui te fassent du bien . D'ailleurs, je suis sûre que ce blog te fait du bien.
Bref, tu ne peux pas fermer ton blog au moment où je m'apprêtais à tester plusieurs de tes recettes. En plus, si tu fermes boutique, il n'y aura plus personne sur la blogosphère pour parler de moi, et j'en serais fâchée ;-)
Plus sérieusement, n'hésite pas à venir me trouver là-où-tu-sais...
Bises.
Une Mangue pas contente - le 03/10/2007 à 00h40
Oh non, tu ne penses tout de même pas à arrêter de blogger?!?Ton blog est vraiment intéressant et à sa propre personnalité, tu ne peux (nous) pas faire ça!!!
Je comprends tes difficultés, mais avant de saborder ton blog réfléchis bien, stp! Pour moi, blogger m'a fait beaucoup de bien et ça a même été salvateur même si c'est sûr que ça prend énormément de temps...
Ton risotto est vraiment beau! J'en mangerais bien...

Bises,

Rosa
Rosa - le 03/10/2007 à 07h18
Je garde ta recette et j'espère la tester vite! Un risotto noir, ca me plait beaucoup!
Sophie - le 03/10/2007 à 08h40
Je n'ai jamais mis de commentaire sur ton blog avant aujourd'hui, et poutant je suis une fidèle. Je me suis régalée de DAKAR et de tes petits plats (même si je suis pas une mangeuse de mangue).
Mais alors là je dis non, je ne veux pas voir disparaitre, cette petite fantaisie, mon petit rituel un jour sur deux au moins, allez voir s'il y a un nouveau post.
S'il te plaît, continue de me distraire et de me laisser croire qu'un jour, j'aurais ce talent d'écrire avec fantaisie et humour à force de te lire.
vivichocolat - le 03/10/2007 à 16h53

Ta plus vieille amie, tu sais celle qui ne sucre pas les fraises... ainsi que son homme ne trouvent pas tolérable l'idée que tu puisses envisager une seule seconde la fermeture de ton blog. Je te connais depuis tellement d'années maintenant (29 ans...). Je sais tellement tes doutes, tes incertitudes que je veux te dire ici, là et maintenant que tu es bourrée de talents (et oui Elle en a plusieurs...), d'idées et de bien d'autres choses encore. Ton blog, il est très bien. Il possède le fond et la forme. 
Tu connais mes réticences à m'exposer et tu sais ce qu'il m'en coûte.
Alors, jette tes doute et pense un peu aux journées de ta Débo...

Débo - le 03/10/2007 à 21h34
Surtout pas Natalia, tu sais on a tous nos difficultés et nos problèmes, il y a un moment j'avais aussi pensé arrêter mais le fait de recevoir des messages d'internautes et de bloggueuses qui se régalent de mes recettes et puis le fait que grâce à mon blog, j'ai pu tissé de formidable amitiés et même si j'ai un boulot monstre et les horaires de mon fils qui me bloquent, je n'ai pas baissé les bras et je décide de continuer. Je t'ai toujours dis que je me régale de ta plume et de tes recettes. N'arrête pas sur un coup de tête. Fais un break si tu en as absolument besoin mais continue.
Paprikas - le 03/10/2007 à 21h52
Et puis rien que d'imaginer ne plus voir un risotto comme celui là, ca me met en rogne :)
Paprikas - le 03/10/2007 à 21h57
Non, n'arrête pas. Au contraire, le blog permet de sortir de notre quotidien,  de lier des liens même virtuels avec d'autres blogueurs, de faire des rencontres ... La rentrée est là, l'automne arrive, la mélancolie s'installe. D'ici peu tu vas remonter.
A propos de ton risotto, sais-tu qu'il existe un riz noir dit "vénéré" qui irait bien pour ta recette.
menus propos - le 03/10/2007 à 22h22
Je sais tes difficultés et les aléas de la vie.. Je sais ce que s'emm.. dans un travail veut dire (et pour cause !). Mais il faut malgré cela s'efforcer de rendre sa vie plus agréable par exemple en apportant des instants de plaisir - voire plus - à des personnes qui comptent sur toi et peut être POUR toi ! Ce blog est un des plus intéressants qui soient, il m'a appris des tas de choses, et même si je suis loin d'être le mieux placé pour te le demander, je t'en prie, continue, même à un rythme moins soutenu, mais continue ! Et ta plus "vieille" amie (est on vieux à vos âges ?), que je salue au passage,  a parfaitement raison : tes talents sont nombreux et variés, ce serait dommage de les laisser au repos.
Ours de Pyrène - le 03/10/2007 à 23h08